Lundi de Pâques, le pèlerinage

Le pèlerinage existerait depuis le IXème siècle, ayant succédé aux pratiques cultuelles animistes des Celtes.


Ce que nous en dit le Mémoire Géographique de l'instituteur de Filain :

MG page 3MG page 4 

Voici ce qu'on trouve dans les Annales du Diocèse de Soissons :

pèlerinage1
Ou encore, dans le Bulletin de la Société Historique de Soissons en 1899 :
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Dans la monographie sur Filain : "Histoire de Filain" de Georges Luraschi, ancien Maire, re-édité en novembre 2009...

"Le pèlerinage de Pâques et la source

Chaque année, le lundi de Pâques, un pèlerinage important se faisait à la chapelle et à la fontaine Sainte Berthe. Les vieilles femmes, munies d'une fiole, puisaient l'eau de la source. Elle passe pour guérir les écrouelles.

Pour la définition de cette appellation symbolique, il faut savoir que sous l'ancien régime, seuls les rois de France étaient investis du pouvoir de guérir celles-ci. Il s'agit de lésions de la peau liées aux ganglions tuberculeux.

Ce n'est qu'au début du XIXè siècle, en 1821, que Laennec différencie précisément la tuberculose des autres pathologies pulmonaires. Ce n'est qu'en 1882 que Robert Koch identifie l'agent de la tuberculose. Il fallut attendre 1922 qu'un coup d'arrêt soit porté à la maladie par le vaccin BCG.

A cette époque, il était d'usage pour soigner les écrouelles de suivre un traitement par des cures d'eaux thermales sulfureuses. Peut être que l'eau de Sainte Berthe avait les mêmes propriétés que celles des eaux de Luchon Cauterets, Allevard, Biarritz, etc.

Cette tradition a perduré jusqu'en 1939. Enfant de choeur, je me souviens d'y avoir participé. Une fête civile, avec fanfare et manèges, suivait la cérémonie religieuse." G.Luraschi


Souvenir de Madame Léon de Pargny-Filain :

Nous partions en famille et à pieds de Jouy. Le trajet durait environ une heure : nous passions par le Mont Sans Pain et la Mensette pour arriver directement à la Chapelle par le haut. C'est là que nous rejoignions les fidèles.

Nous étions habillés avec nos habits du dimanche, les dames avec leur chapeau. Certaines familles venaient avec leurs bébés dans des landaus qu'on poussait tant bien que mal à travers les ornières du chemin.

A la chapelle, il y avait beaucoup de monde, environ 200 à 300 personnes. Les musiciens d'Urcel et de Mons en Laonnois jouaient leur aubade.

La procession montait du village de Filain derrière une bannière, après avoir suivi la grande messe à l'église. Une petite messe se déroulait à la chapelle, servie par Raoul Derbois, curé de Chavignon.

Au village se tenait une fête foraine avec balançoire et confiserie. Sur la place, la buvette était tenue par Madame Vasconi, qui vendait des oeufs rouges teintés dans l'eau bouillante.

En 1933, je ne me souviens plus très bien de l'année, un événement a fait sensation au pèlerinage. Monsieur Marc Morizet a atterri avec un avion de couleur rouge dans un champ à proximité de la chapelle, suscitant la curiosité de tous.


Souvenir de Madame Grenouille, née Vasconi :

J'étais petite fille, mais je m'en souviens bien. Ma mère tenait l'auberge de la Royère et le jour du pèlerinage à Sainte Berthe, nous tenions la buvette sur la place du village.

Ma mère descendait avec un chariot tiré par quatre chevaux pour amener les boissons : vin en tonneaux, limonade et bière en canettes.

C'était noir de monde de l'église à la chapelle. Les gens arrivaient aussi depuis La Royère et les Bovettes.

On vendait aussi des oeufs durs de couleur rouge. Ma mère faisait cuire plus de 1.000 oeufs.

Après la messe à l'église par le curé Derbois, la procession montait à la chapelle. C'était des jeunes filles qui portaient la bannière et la grande croix : il y avait Charlotte Démotié, Gisèle Eliez, Jospéphine Vasconi et Christiane Woimant.

Des femmes allaient chercher de l'eau à la source dans des petites bouteilles; l'eau était renommée. D'ailleurs, quand nous allions à l'école à pieds depuis La Royère en passant par le chemin de la chapelle, au retour, nous buvions de l'eau de la source avec nos gobelets; elle était excellente.

Le soir, il y avait un bal sur la place avec musiciens ou un appareil à musique; je mettais les pièces pour faire danser.

(témoignages reproduits avec l'autorisation de Monsieur G. Luraschi)